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Le clic est « roi » donc il mérite la guillotine !

Dans les années nonante comme disent nos amis helvétiques, la formule « Le client est roi » s’étalait partout. Dans le triomphe consumériste de l’époque, celui qui venait dépenser son argent se voyait couronner et le monde entier, enfin le monde marchand surtout, se pliait à sa volonté.

Et puis, une fois de plus, ce diablotin d’internet vient bousculer la donne. De l’achat physique nécessitant déplacement, sueur et temps perdu, on a glissé vers l’achat en ligne, faisable en slip tout en mangeant des chips ou des tortillas, je ne suis pas raciste.

Au-delà même de l’achat, internet est venu demander à ses internautes de réagir, commenter, donner des notes, conseiller, liker, « plus-oner » en masse pour des sites, des produits, des émissions, des blogs, des produits encore, des vidéos, des sons, et encore des produits.

En un mot et un seul, il doit « cliquer » !

Et aujourd’hui le clic est roi ! (Je remercie d’ailleurs l’excellent @Saeptem pour la formule) Car ce génialissime fourbe de réseau global ne sait faire que peu de choses par lui-même, mais compter les clics comme un Charlie Babbit dans Rain Man compte les cartes, ça il sait faire.

Baladez vous sur les réseaux sociaux et vous aurez une impression de sollicitation permanente. Je ne ferais pas le lien avec les mendiants du métro, car après tout la plupart des personnes que vous croiserez ont quelque chose à vendre ou à proposer. On se croirait plus sur un marché aux puces ou chaque marchand tente d’hurler plus fort que son voisin pour vous expliquer en quelques mots toute la puissance de son étal.

Une fois de plus la modernité supposé d’un internet est ramené à un modèle ancestral, ici quasi féodal, de marchés aux bestiaux avec les mouches en moins. C’est un progrès.

Au lieu de toucher le cul des vaches on vous demande de toucher la tête de votre souris.

La nouveauté vient de l’effet Rain Man évoqué plus haut, le comptage de clics ou de visites. Pour repasser par l’analogie du marché, imaginer que votre marchand de légumes compte le nombre de fois que ses tomates sont manipulées. Ridicule ? Non ce serait encore plus ridicule qu’en plus il l’affiche au dessus de ses tomates « tripotées 1 millions de fois »

Et bien c’est le concept qui régie le système de financement de beaucoup de sites.

(On parle de « business model » pour faire « classe ». Cette classe américaine sera plus complexe quand il faudra parler quatari ou chinois pour avoir l’air sérieux.)

Allez, prenons deux exemples au hasard : Youtube et Facebook. Je dois l’admettre, ce ne sont pas vraiment des exemples au hasard mais plutôt une facilité pour observer un phénomène tant ses sites sont énormes. Un peu comme un physicien qui pour voir des atomes assiste au bombardement d’Hiroshima ou Nagasaki.

Facebook et ses « like » ! On critiquait les skyblogs* et la demande incessante des auteurs pour avoir des « coms » (commentaires). Facebook dans son génie a fait mieux, il a réduit cette action à un clic. Un clic sur un bouton avec un pouce en l’air. Ne pensons plus, n’argumentons plus, n’écrivons plus, cliquons ! Dans la même démarche, on devient fan, on s’abonne à des pages, etc…

Et quand on voit qu’une page, assez formidable il est vrai, propose de « tuer les chatons à coup de pelle » (dans un second degré évident, hein…) et d’un côté récolte énormément de « like » et de l’autre énormément de commentaires négatifs, on se dit que beaucoup ont du temps à perdre ou du besoin de clic à assouvir.

Donner une valeur à un clic est ridicule car cette action effectuée des milliers de fois par jour pour qui doit manipuler un ordinateur, n’est pas fait avec le cortex mais bien avec la moelle épinière, peu propice en réflexion mais essentiel au déplacement moteur même des plus idiots d’entre nous.

Passons à Youtube, l’autre gros morceau du cliquage fou. Alors on va me dire que sur ce dépotoir à vidéos de chats, il faut les regarder les vidéos. Donc « un clic » Youtube a de la valeur, et d’ailleurs Youtube rémunère à partir d’un certain nombre de vues. Et la masse regarde beaucoup Youtube. Logique vu qu’elle est à l’origine des vidéos, la masse aime donc se regarder le nombril. Rien de bien nouveau.

Je pose alors la question sur la qualité de ce regard.

On a beaucoup critiqué la ménagère de moins de cinquante ans à propos de la télévision. En fait ce n’est pas tant la ménagère qu’on critiquait que son excessive prise en compte par les dirigeants de chaines occupés à vendre du soda, ou en tous les cas du « temps de cerveau disponible » pour les vendeurs de soda. Ménagère qui, dans l’esprit préhistorique des patrons de médias, est une femme et fait le ménage, donc ne doit pas avoir des programmes réclamant trop d’attention.

Pourquoi je m’attarde sur ce cas ? Mais parce que celui ou celle qui regarde Youtube a, certes, choisis sa vidéo, donc à montré plus de « libre arbitre » que celui demandé pour appuyer sur la touche « 1 » de sa télécommande, mais il zappe. Non, en fait il clique, clique, clique et re clique. Il peut consommer des dizaines de vidéos à la suite sans se poser de questions. Avec une nette préférence pour des vidéos avec des chats ou des coréens dansant. Il regarde des vidéos comme on mange des cacahuètes, nous êtres humains, à l’apéritif en attendant de vraiment manger. J’ai plus de respect pour les singes qui au moins choisissent leurs cacahuètes avant de les manger.

Finalement, la massification de l’accès à des contenus n’avait aucune chance d’améliorer ce contenu. Le fait d’avoir des lasagnes en masse n’a pas amélioré leur goût ! Encore que j’aime bien le cheval. Avoir de la culture en masse n’en améliore pas la qualité.

La culture ne se clique pas, elle se déguste. Et de préférence en avant première et en costume mais ça c’est un goût personnel…

 

* Alors pour ceux qui ne sauraient pas, le skyblog était un site tout fait, porté par la plateforme de la radio Skyrock, ou de profonds illettrées ; et aussi narcissiques que visuellement déficients au vu des photos d’eux même qu’ils postaient en masse ; racontaient leurs vies inintéressantes. Une sorte d’avant Facebook finalement…

 

 
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