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Le technophile, ce parano rigolo…

Je n’aime pas les paranoïaques en vrai. En fiction très souvent ils amènent le rire ou le suspens, dans la réalité ils n’amènent que pitié et le rire aussi, mais un rire amère ou perce une pointe de mépris, et quand je dis pointe on est plus sur de la baïonnette que sur du cure-dents.

La plupart des paranos que l’on croise en chair, en os et à la pénibilité maximum sont des personnes avec un gros problème de reconnaissance. Et pour soigner cette peur de n’être pas reconnu, voire de n’être rien du tout ils s’inventent de la persécution, car après tout, être persécuté n’est ce pas une preuve que l’on est important ? On base même des religions entières sur ce concept psychologiquement bancal comme une escort girl après une soirée de l’équipe de France de foot dans un bar trop cher pour être honnête.

Égotique, se croyant important, imaginant des complots, vous vous doutez bien que le paranoïaque s’épanouit sur internet comme une fleur un jour de pluie. Et de la petite parano locale entre proches, le parano passe alors la vitesse supérieure et voit à échelle de son pays et parfois du monde.

Et vous savez le pire ? C’est que l’actualité lui donne parfois du grain à moudre, expression vieillotte qui fait chic, la plupart des personnes travaillant en ville ignorant complètement qu’il est nécessaire de moudre le grain pour obtenir quelque chose.

Le jour de l’apocalypse, ils seront peu nombreux à savoir chasser puis manger des animaux vivants. Ce sera très drôle de voir ces champions de Call of Duty incapable d’attraper le moindre gibier sans se faire éventrer par les défenses aiguisées d’un sanglier plus malin qu’eux alors qu’ils partagent le même QI.

Mais je me suis éloigné du sujet.

Récemment, des scandales liés à de l’espionnage sur les réseaux ont fait s’affoler la sphère technophile. Sphère technophile, visiblement un peu parano, analysant durant de longues heures d’émissions la question de savoir si c’est bien joli joli de la part des gouvernements de nous espionner et de la part d’entreprises privées de les aider.

Je pense que même l’enfant illégitime de Dora l’Exploratrice et de Bob l’Eponge est moins naïf que la sphère technophile quand un tel sujet est abordé.

Prenons un exemple de fiction qui date quand même de 1995 : Les Lone Gunmen. Vous vous souvenez ? Un groupe d’anarcho-geek crée par Chris Carter pour sa série X-Files. Ami de Mulder, ces trois énergumènes étaient persuadés d’être espionné par le gouvernement américain. Ils pensaient même que nous étions tous espionnés. J’y ai toujours cru qu’à moitié à cet espionnage total. Il me semblait que les moyens techniques des années 90 étaient insuffisants pour être efficace à une telle échelle.

Et puis voilà qu’internet explose et se démocratise et les gouvernements ont enfin les moyens techniques imaginés par les créateurs de fictions d’espionnage depuis les années 50. Mais espionner tout le monde ça prend du temps et ça coute aussi beaucoup d’argent. CIA, NSA,  DGST et toutes ses officines sont comme tous les services publics du monde, elles ont un budget limité et le quidam moyen génère de plus en plus de données bien que sa vie soit toujours aussi banale.

Avant, en trois photos, une avec sa femme, une avec sa maitresse et une avec son chien, toute la vie du banquier moyen était visible. Mais aujourd’hui ce même employé produit chaque jour des gigas de données, des photos de lui, des films de lui, des courriers électroniques de lui.

Que faire ? Comment séparer le bon grain de l’ivraie ? (Encore une piste pour les urbains que nous sommes pour savoir comment changer des épis de blés en chocapic).

Mais heureusement, des sociétés privées ont trouvés LA solution à l’espionnage moderne : l’espionnage participatif.

Pour ça c’est facile, il faut rendre « cool » le fait de donner à une « puissance supérieure non contrôlable » toutes ses données personnelles. Je crois qu’Orwell serait mort de voir Facebook.

Alors on va me dire « Arrête, le parallèle entre Facebook et 1984 tout le monde l’a déjà fait et tu enfonces des portes ouvertes. »

Et c’est vrai. Mais je vois tellement de passionnés de tech se lancer dans de belles diatribes contre l’espionnage, ricaner lors de hacking de sociétés et d’institutions, hurler contre le secret d’Etat et trouver du génie à Marc Zuckerberg.

Prenez l’histoire de PRISM. Pourquoi un état se gênerait pour utiliser les moyens technologiques mis à sa disposition aujourd’hui ? Parce que « c’est pas bien ? » Et le public quand ils utilisent ces mêmes moyens pour s’échanger du contenu sans rémunérer son auteur, « c’est pas bien » non plus ? Alors qui faute le plus ?

Et là j’entends les récriminations habituelles « Oui mais dans les années 70, on s’échangeait des cassettes ! » Oui. Et dans les années 70 Nixon écoutait ses adversaires, Pompidou aussi d’ailleurs. Et Mitterrand fera de même une fois au pouvoir. Qu’est ce qui a changé depuis 40 ans ? Rien.

Dans le même temps, l’opinion publique se réjouit des fuites de Wikileaks et fait d’Assange un héros mais se choque quand une entreprise utilise ses données sans sa permission. Aussi étrange que cela puisse paraitre je suis un partisan du secret. Qu’il soit personnel ou d’Etat. Je suis un défenseur de la République. C’est même la seule chose pour laquelle je suis prêt à donner mon sang mais je pense que le secret d’Etat, parfois est nécessaire. Alors je ne vois pas l’héroïsme dans le fait de divulguer des secrets d’état. On n’est pas non plus devant un super vilain, ce serait lui donner trop d’importance et en plus il n’a ni cape ni costume coloré.

On est devant un contestataire, et il a toute ma tendresse pour ça, qui fait un truc illégal, se fait choper et se plaint. Et en se plaignant il n’a plus ma tendresse mais mon mépris. Quand on transgresse la loi on s’expose à se faire attraper. C’est les risques du métier. Est-ce que Kerviel s’est plaint du capitalisme ? Oui, mais c’est une idée idiote de son avocat sans doute idiot aussi.

Et puis tant qu’on y est à parler d’idiot parlons de Mark.

Mark Zuckerberg, ce génie envié par tant de technophiles et reçu par les plus grands comme l’un des leurs. C’est l’escroquerie du siècle. Le seul génie de Zuckerberg est celui d’avoir su exploiter les plus mauvais côté de l’être humain. D’avoir remué ces angoisses de solitude affective et le besoin irraisonné d’être reconnu. A l’aide d’actions compréhensibles par un cerveau reptilien, en général un clic pour dire j’aime, un clic pour dire j’accepte, il a réduit l’être humain à ce qu’il y a de plus moche en lui, à savoir son égo. Toutes les questions de Mark Zuckerberg ont un champ de réponse bipolaire. C’est oui ou non. Ça donne la mesure de la pensée débilitante qui émane de Facebook. Je me plains des réponses simples de Facebook mais quand ils se mettent à écrire c’est pire…

Le citoyen  préfère toujours sa sécurité à sa liberté. Sauf quand celle ci l’empêche de se conformer à un modèle qui consiste surtout à consommer. Mais parfois, quand le totalitarisme pousse le bouchon une écoute trop loin, le citoyen se rebelle.

Mais si cet espionnage devient un mode de vie, le bouchon risque de ne plus péter très fort et de rarement fêter une révolution…

N’oubliez pas que quitte à être fiché et filmé tout le temps, mettez un costume vous aurez l’air classe sur les photos de surveillance.

 

 

 
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2 Comments  comments 

2 Responses

  1. Encore en super article ! Ton point de vue est intéressant et bien développé. Je suis entièrement d’accord avec toi sur le sujet Wikileaks. Il a mis en danger des personnes, notamment.
    (Sinon la construction et le style sont bien cool :) )

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