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Je continuerai à faire des blagues sexistes…

Et sur l’homosexualité. Et sur l’immigration. Et sur la religion. Sur n’importe quel sujet en fait.

Pourquoi j’écris ça ? Parce que j’ai récemment été pris à parti pour une blague misogyne. Ça n’a pas été très loin car l’échange s’est déroulé sur Twitter, lieu ou une phrase disparait toutes les 10 secondes, paix à son âme. Mais on m’a quand même demandé de « fermer ma gueule » et cela dans ces termes, ce que j’apprécie moyennement il faut bien l’admettre. (Le début de la discussion  )

Donc immédiatement je me suis dit : allons écrire un petit quelque chose. Ça s’appelle la contradiction et c’est une chose qui me fait beaucoup rire.

Rire. Voilà la clé du problème. Comment puis-je oser plaisanter sur des sujets tel que la misogynie, le racisme, l’homophobie ?

La réponse est simple : parce que c’est moi qui le fait.

Mais détaillons avant d’être traité de mégalo, ce qui est vrai mais là n’est pas là question. (Et pour les malheureux possédant moins de connexions neuronales que la moyenne, un mégalo qui vous dit qu’il est mégalo ne l’est pas vraiment…)

La capacité de faire rire son prochain est très inégalement répartie entre les humains. Que ce soit dans la manière de faire rire ou dans la capacité. N’avez-vous jamais vu en soirée quelqu’un cherchant à faire de l’humour et tombant systématiquement à contre temps ou à côté ? Je l’ai observé plusieurs fois, ça me fascine à  tous les coups. D’un autre côté un ami à moi avait la capacité à se foutre à poil dans des circonstances décalées, ce qui provoquait notre hilarité à chaque fois.

Autant être franc, si je me mettais à poil dans les mêmes circonstances ça ne marcherait pas. Nous partageons pourtant avec l’ami exhibitionniste un physique d’une rare banalité, mais avec lui ça fonctionne. Chacun son registre. Ce subtil exemple à base de mec à poil montre qu’en matière d’humour, il est impossible de dissocier le message de son émetteur.

Voilà pourquoi je peux, je souhaite et j’assume de faire des blagues sur des sujets complexes. La raison : je suis profondément clair sur mes opinions sur les sujets abordés.

Je suis républicain, laïque, je prône le mélange des cultures et suis un défenseur de la liberté de chacun en matière de sexualité et de mode de vie.

C’est très long comme explication et je ne peux pas faire précéder chacune de mes plaisanteries par cette profession de foi. Je dois donc m’en remettre à mes lecteurs ou auditeurs pour savoir, estimer ou juger de ce fait pour comprendre que derrière un trait humoristique jouant sur le sexisme, l’homophobie ou autre sujet sensible ne se cache aucune opinion mais bien une manière de tourner en ridicule un comportement.

Cette relation message/émetteur du message fonctionne aussi au cinéma ou dans la chanson. Vous imaginez que chaque acteur pense ce que dit son personnage ? Que chaque chanteur parle forcément de lui quand il chante ?

Alors bien  sûr, cela demande de faire attention à qui écoute, à qui reçoit le message. Si je débarque dans une soirée sans connaitre personne et que j’aligne les vannes sexistes il est fort probable que mon auditoire se demande si c’est « du lard ou du cochon ». Après, cela peut être aussi une volonté de ma part de perturber l’auditoire en question.

Finalement, je préfère un humour abordant tous les sujets avec du sens et de la complexité, quitte à se poser des questions sur l’humoriste (et à trouver les réponses bien entendu) à un humour à la mode, de Youtube aux stand-up, qui reste fade et édulcoré et ou la « provoc » ne repose que sur les mots grossiers et les allusions graveleuses.

Et la prochaine fois que vous vous moquerez du cancer de grand-mère, mettez un costume ça passera mieux.

P.S : Evidemment quand on aborde un tel sujet, la phrase de Desproges « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde » revient à la charge. Il convient de replacer cette phrase dans son contexte. Desproges participe à une émission de télévision qui figure un tribunal satirique. A la suite d’une véritable interview par Claude Villers une personnalité (politique, du spectacle) Pierre Desproges et Luis Rego faisaient chacun à leur tour une plaidoirie humoristique lié à l’invité. Une émission avait comme invité Jean Marie Le Pen, à l’époque leader du Front National. Cela a mis Desproges très mal à l’aise car, et il a raison, le rire créé une connivence entre les personnes et lui ne souhaitai pas avoir cette connivence avec ce personnage. Il fera alors son sketch autour de cette idée forte que tous les sujets peuvent être abordés grâce à l’humour mais que la personne à qui l’on s’adresse peut changer la perception de cet humour.

P.S 2 : Et quitte à parler de Desproges, parlons aussi du cas Dieudonné. Dieudonné a commencé sa carrière avec un sketch jouant sur les stéréotypes de la religion juive et de l’immigration africaine. Et à cette époque j’en riais. Puis il a commencé à se prendre au sérieux et à fréquenter des personnes aux opinions extrêmes puis à lui-même proférer des opinions confuses et parfois très limites. Alors même que je continue à lui trouver une excellente écriture, je ne peux plus rire avec lui, ne sachant pas où il se situe et le fond de ses valeurs.

 
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7 Comments  comments 

7 Responses

    • laurent

      Je suis en parfait accord avec cet article très bien construit. Et nous avons d’ailleurs la même explication sur Desproges. Cela met en lumière l’essentiel à savoir la motivation de la « blague ». Donc pour connaitre la motivation l’idéal est de connaitre son auteur…

  1. BTO

    À défaut de te dire « ta gueule ! », je pense qu’il reste du droit voire du devoir de chacun de te dire quand ce n’est pas drôle, quand c’est déplacé, etc. et cela même si on connait tes opinions, ton humour etc.

    Car ce que tu risques au final, c’est de ne plus être drôle et de ne plus faire rire que toi. Et ça, je ne te le souhaite pas.

    • laurent

      « Ta gueule » est effectivement une mauvaise méthode pour dire que ce n’est pas drôle, ou mal placé ou mal venu. Il m’est arrivé de me faire reprendre sur des traits d’humour limite sur Twitter et quand on me remet en place correctement je comprends et m’excuse très facilement. :)

  2. ludo

    On peut aussi faire de l’humour à la Raymond Devos.
    On l’oublie trop facilement je trouve.

    Quand on connait l’opinion c’est évident, tu cites Dieudonné, je te réponds Bigard.

    Que penser des humours pseudo-autobio racontant dans un contexte socio-normiste des histoires sur des sujets liées aux inégalités hommes/femmes, leurs relations maladroites, au racisme ou à l’homosexualité pour lesquels on ne connait pas la position de l’auteur? Genre Dubosc.

    Finalement j’ai progressivement cessé de rire sur un humour dont je ne connais pas « l’origine ».

    Mais il y a un travers à ça : On ne fini que par rire des choses qu’on connait, ce qui pour la culture est un peu limite. Finalement on entre dans une bulle d’humour « acquis », reconnu et communautaire, et on forme ainsi du sectarisme. C’est mal. ¢a peut même dégénérer et créer des problèmes mêmes: Les Français sur l’humour belge, tout le monde sur l’humour « bond », les Sépharades sur l’humour Ashkénaze, sur ta mère et dans ton cul.

    Si je trouve qu’un des buts de l’humour est de raviver un souvenir d’un problème existant, plutôt pas mal donc, ça n’en reste pas moins une association entre un sujet délicat et un une atmosphère agréable.

    Un autre problème intrinsec du coup, parfois l’humour allège un sujet qui ne devrait pas l’être.

    ludo,
    en monoplex d’Allemagne, d’où j’en profite pour dénoncer l’existence de sujets dont faut pas rigoler. Du tout. Nan, faut(x) pas.
    Sans transission d’ailleurs l’humour blond ici… Les roux non plus.

    • laurent

      Attention, je n’aime pas l’humour communautaire. Je le trouve facile. Il a pour seul avantage de dédouaner assez facilement son auteur sur ses intentions. Si je fais une blague sur les antillais sans être antillais, je créé le doute. Si je fais une blague sur les charentais, ça passe mieux.
      C’est pour ça que c’est un humour qui fonctionne très bien, on peut rire rassuré. A t on raison ? Rien n’est moins sûr. :)

  3. Je vois que l’on a le même problème : être un homme, laïque, égalitaire, blanc et se moquer éperdument des pratiques ou préférences sexuelles (légales) des uns et des autres… Etre obligé de se justifier lorsque l’on fait de l’humour ou, pire, d’avoir une opinion différente ou nuancé par rapport au consensus général me gonfle au plus haut point. Les snipers de « la belle pensée unique » qui te flinguent si tu ne rentres pas dans les clous m’insupportent de plus en plus.

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